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Journal d'un spectateur


Notes d'été (4)

Publié par jsma sur 24 Juillet 2017, 13:32pm

Catégories : #dunkerque, #christopher nolan, #james cameron, #god save the queen, #patriotisme, #blockbuster, #tom hardy

Notes d'été (4)

Comment aborder un projet aussi déroutant que celui de Dunkerque ? Peut-être en commençant par le patriotisme : Nolan est de retour chez lui, il s'empare d'un grand épisode de l'histoire de son pays (le sauvetage de 330 000 soldats anglais encerclés à Dunkerque en 1940) pour le célébrer avec une pompe dont lui seul est capable. L'emphase ne l'a jamais effrayé : ceux qui lui ont reproché depuis toujours sa lourdeur risquent de détester Dunkerque, d'autant que Hans Zimmer (qui a écrit pour Nolan des thèmes magnifiques, dont celui d'Interstellar) donne ici libre cours à la dimension la plus grandiloquente de sa musique : c'est peu dire qu'il en fait des tonnes, il aurait pu tout aussi bien reprendre à la fin de Dunkerque le thème de God save the Queen, on ne l'aurait pas remarqué.

 

Trop, ce n'est jamais assez pour Nolan : au-delà de l'éloge patriotique, ce film représente aussi pour lui un nouveau défi personnel, dont la démesure ne peut être comparée qu'à l'oeuvre de Cameron, auquel on pense beaucoup tout au long de Dunkerque. Nolan vise moins la grandeur épique du film de guerre que le grandiose spectaculaire du film-catastrophe – d'où les références à Titanic. On n'y pense pas seulement quand un avion allemand coule un destroyer anglais (lequel se retourne comme le paquebot de Cameron), on y songe aussi lorsque l'on voit le personnage du commandant de Marine incarné de façon très hiératique par Kenneth Branagh : c'est un nouvel avatar du très noble commandant Smith (Bernard Hill) dans Titanic.

Kenneth Branagh dans Dunkerque/ Bernard Hill dans Titanic
Kenneth Branagh dans Dunkerque/ Bernard Hill dans Titanic

Kenneth Branagh dans Dunkerque/ Bernard Hill dans Titanic

Mais Nolan, à la différence de Cameron, ne veut pas plonger corps et âme dans la catastrophe, il raconte une opération de sauvetage qui se fait attendre. La catastrophe annoncée, il ne la contemple que pour en sortir. C'était déjà la quête de Cooper (et de sa fille) dans Interstellar, c'était aussi la mission que se donnait Batman à la fin – superbe – de The Dark Knight : devenir le bouc émissaire de Gotham pour sauver la ville de la corruption. La noirceur, chez Nolan, est une sorte d'écran qu'il faut transpercer. On pourrait résumer Dunkerque à cela : sortir du noir, crever l'horizon de grisaille et de mort de cette plage du Nord pour faire chanter la voix des patriotes. Cette scène a lieu : c'est une sorte d'acmé à la Nolan, c'est-à-dire à la fois un sommet d'emphase lyrique (Zimmer se lâche) et un moment d'héroïsme très naïf. Des dizaines de bateaux de plaisance, conduits par de braves patriotes, viennent sauver l'armée anglaise : il n'y a dernièrement que dans Hacksaw Ridge que l'on a trouvé une vision aussi enthousiaste de l'exploit humain – mais il n'y avait qu'un seul héros chez Mel Gibson, alors que c'est tout le peuple anglais qui prend son destin en main dans Dunkerque.

 

« Hope is a weapon. Survival is victory » : le film ne dit rien d'autre de l'épisode guerrier qu'il raconte, son opération consiste à retourner une débâcle en épopée patriotique, à frôler sans cesse la catastrophe pour exalter les sentiments humains les plus nobles. C'est rare, et presque unique dans le blockbuster actuel : Nolan ignore tout second degré, c'est sans doute le réalisateur le moins drôle du monde. Sa vision héroïque un peu béate se transpose totalement dans son écriture, surtout dans le dessin des personnages. Pour les vrais guerriers, il n'y a pas d'autre vie que celle qui est dédiée au sens patriotique : Tom Hardy joue ainsi le rôle d'une tête brûlée de l'aviation anglaise, il ne dit quasiment rien, passe son temps à canarder la Luftwaffe. S'il était français, ce serait un héros de Saint-Exupéry, dans Dunkerque, il apparaît plutôt comme une figure revenue anachroniquement de Mad Max, son personnage n'a pas davantage d'épaisseur que celui de Mark Rylance (aussi flegmatique que dans Le Pont des espions), autre symbole du sens patriotique, vu du côté des civils.

Avec Fionn Whitehead, qui incarne un jeune soldat échappant de peu aux balles allemandes au seuil du film, Nolan nous refait le coup de Fabrice à Waterloo : ce personnage représente le côté embedded de Dunkerque, c'est autour de lui que Nolan déploie ses plus beaux effets. Il faut en parler, de ces effets : dès les premières minutes, la gestion de l'espace, la précision du travail graphique, le sens du rythme font de Dunkerque une sorte de Roll's Royce du blockbuster. On a le sentiment immédiat d'être devant le top de ce que l'industrie américaine peut (encore) faire en matière de grand spectacle. Nolan fixe la barre tellement haut que son style fatigue à force de virtuosité. Mais une telle virtuosité est rare : quand bien même l'histoire de Dunkerque pourrait être racontée par des enfants jouant aux Playmobils, celle-ci est portée avec souffle et passion. Sur le terrain de l'entertainment spectaculaire, Nolan peut presque soutenir la comparaison avec James Cameron.

 

Notes d'été (4)

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