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Journal d'un spectateur


Terminus (Terminator Genisys d'Alan Taylor)

Publié par jsma sur 11 Juillet 2015, 21:25pm

Catégories : #terminator, #james cameron, #schwarzenegger, #sf, #blockbuster

Terminus (Terminator Genisys d'Alan Taylor)

Comme le T. Rex qui sert de deus ex machina à la fin de Jurassic World, Arnold Schwarzenegger revient dans Terminator Genisys à la manière d'un dinosaure. Fossilisé dans les années 80, l'acteur se fait appeler pops (papy) par Sarah Connor, il a vieilli dans une temporalité parallèle. Nous sommes en 1984, à l'époque du premier Terminator. Venu de 2029, Kyle Reese visite cette époque réduite à quelques vestiges – un autoradio à cassettes, une chanson des Ramones – où Schwarzenegger joue le rôle d'une ruine. Une ruine qui disserte sur les paradoxes de la physique cantique et médite sur le destin, adressant au couple Connor/ Reese une réplique en forme de running gag : « Vous allez vous accoupler ?»

En faisant de chaque apparition de l'acteur un moment parodique, Genisys montre très vite ses limites : le rire y est un aveu d'impuissance. Impuissance d'un film coupé en deux, qui ne tranche pas entre son élan nostalgique – le retour de papy – et la nécessité économique d'actualiser la franchise pour la replacer sur le marché du blockbuster. N'ayant aucune idée de ce qu'il veut, Alan Taylor rate le film des deux côtés et rien ne reflète mieux son impuissance que la façon dont les espaces-temps se succèdent dans la première demie-heure, comme si le récit cherchait une époque où se fixer. Après plusieurs sauts temporels (2029, 1984), le compteur s'arrête finalement sur 2017, où papy doit affronter un robot next generation : le T-3000. La formule de Terminator 2 est reprise : un vieux tas de ferraille (le T-800) doit se battre contre une machine contemporaine, plus ou moins incarnée par Jason Clarke (acteur tout terrain, vu l'été dernier dans La Planète des singes). Chaque scène d'action épuise les capacités plastiques du nouveau robot : on voit le corps de Jason Clarke s'atomiser en particules sous l'effet des ondes d'une salle d'IRM, on le voit sombrer sous le Golden Gate Bridge, on le voit s'empaler sur une enseigne lumineuse et mourir encore de dix autres façons, pour revenir toujours sous la même forme, comme le T-1000 dans Terminator 2. Telle est la logique, improductive, de Genisys : décliner, d'une part, les métamorphoses de son nouveau jouet en déployant ses effets numériques dans une surenchère aussi moche que celle des derniers Marvel, et taper, d'autre part, sur papy, pour vérifier que la vieille machine répond encore. Logique que Schwarzenegger résume en une punchline, lorsqu'il constate que les articulations de ses doigts se raidissent : « vieux mais pas obsolète ».

Etrange réplique pourtant, car le film marque surtout l'obsolescence du récit d'anticipation élaboré par Cameron il y a trente ans. En dépit d'un épilogue rassurant, il n'y a plus de futur humain dans Genisys : l'avènement du monde technologique prévu dans le premier Terminator a eu lieu dans le réel. Le film en est conscient : en passant de 1984 à 2017, il oppose symboliquement deux vues de Los Angeles, celle de Cameron, reproduite plan pour plan, dans une séquence où un nouveau T-800 se lève, nu, et une autre, plus proche de Blade Runner, où l'on voit les enseignes lumineuses de "Genisys" (nom d'une application destinée à contrôler l'humanité) tisser autour de la ville un réseau sans limite. Dès lors, les héros n'ont plus qu'à se battre contre des moulins à vent et c'est littéralement ce qu'ils font lorsqu'ils détruisent des hologrammes représentant "Genisys" dans la séquence finale: il n'existe plus de véritable adversité.

La plaisanterie que papy adresse aux anciens héros de Terminator - « vous allez-vous accoupler? - peut alors être accueillie comme une mauvaise blague. John Connor, transformé en T-3000, est devenu une nuée de pixels. Son épopée, expédiée au début du film, est bien trop vieille pour qu'on y croie encore : tout la désigne comme un fantasme naïf de Kyle Reese, le personnage le plus bête du film. En ce sens, Genisys marque peut-être, comme Avengers l'ère d'Ultron – mais de façon un peu moins consciente – un terminus du blockbuster classique: il n'y a plus rien à faire. Pour estomper cet horizon funèbre, papy fait des bons mots, comme un comique ringard jouant de vieux sketchs. L'humeur n'est pourtant pas à la joie : sous le sourire figé de Schwarzenegger, Genisys se désole de n'avoir plus rien de grand à raconter.

"Vous allez vous accoupler?" (Michael Biehn et Linda Hamilton dans Terminator de James Cameron, 1984)

"Vous allez vous accoupler?" (Michael Biehn et Linda Hamilton dans Terminator de James Cameron, 1984)

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