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Notes d'été (5): En eaux troubles de Jon Turteltaub

Notes d'été (5): En eaux troubles de Jon Turteltaub

Notes d'été (5): En eaux troubles de Jon Turteltaub

On tomberait presque de sa chaise en consultant la fiche wiki de ce petit shark movie estival : En eaux troubles a coûté 150 millions de dollars – soit autant que Wonder Woman. Il faut donc le regarder comme un blockbuster de première classe, ce que confirment les propos de son réalisateur Jon Turteltaub, qui dit avoir voulu faire « le deuxième meilleur film de requin après Jaws de Spielberg ». Le défi n'était pas forcément difficile à relever, Jaws n'ayant engendré que des nanars depuis quarante ans...Il y a deux ans pourtant, le très minimaliste Instinct de survie, est revenu intelligemment aux sources du film fondateur de Spielberg - à sa toute première scène en fait - et a connu aux Etats-Unis un succès inattendu. Consciente du potentiel commercial d'un genre en pleine résurrection, la Warner a racheté les droits d'une série de romans écrits par Steve Alten à la fin des années 90 dans la lignée du succès des Jurassic Park. Le principe est le même que chez Crichton: ressusciter un monstre préhistorique - ici c'est un requin, le mégalodon (dit The Meg), dont la taille gigantesque ridiculise le grand blanc de JawsOn comprend qu'un tel projet ait suscité l'intérêt de Disney qui avait mis un film en chantier à la fin des années 90 (Jan de Bont devait le réaliser) mais ce n'était sans doute pas le bon moment et vingt ans plus tard, c'est donc Jon Turteltaub qui hérite de The Meg (En eaux troubles), qui représente le budget le plus colossal jamais investi dans un shark movie. Les contraintes imposées à Turteltaub se voient presque à l'écran: le casting international (composé de Jason Statham et d'acteurs chinois de seconde zone) et les dialogues bilingues (anglais et chinois sous-titré) reflètent les fonds investis dans le projet. La Chine a mis beaucoup d'argent dans le film et veut visiblement que ça se voie: c'est d'ailleurs pour satisfaire les attentes des investisseurs chinois que le film - contrairement aux règles du genre - fait l'économie du goreau point que l'attaque d'une plage par le mégalodon ne laisse quasiment aucune trace de sang dans l'eau. En dépit de toutes ces contraintes, Turteltaub s'en sort pourtant honorablement : son film a le charme des blockbusters nanardeux qu'on ne voit plus dans les salles depuis que le blockbuster américain s'est mis à penser (à lui-même) : voilà enfin un film qui ne pense qu'à plaire et divertir, ça fait du bien.

L'intérêt principal de The Meg réside dans son esprit série B – surtout sensible dans son humour (scène mémorable d'un yorkshire paniquant dans l'eau à l'approche du requin) et dans ses dialogues WTF destinés à « meubler » les moments d'inaction. Après une première grande attaque de requin sur le bateau d'un océanologue chinois, un personnage de Black entièrement chauve lance à une scientifique : « Qu'est-ce que tu as fait à tes cheveux ? ». Réponse de la scientifique : « Et toi alors ? ». Tout le film est truffé de vannes de ce type : ses personnages forment une communauté de scientifiques sympas et blagueurs, qui pratique, sous l'égide de Jason Statham, une sorte de safari en haute mer. C'est le deuxième intérêt du film : aux antipodes de la bonne conscience écologique véhiculée par la plupart des blockbusters actuels (par exemple le dernier Jurassic Park, où les dinos sont considérés comme des espèces protégées alors qu'on peut les recréer en laboratoire), les personnages de The Meg - à l'exception d'un océanologue chinois - ne sont jamais vus comme des scientifiques éco-responsables, ce sont des aventuriers des mers. Ils évoquent moins Jacques Perrin dans Océans que le personnage de Quint (Robert Shaw) dans Jaws, ou Cousteau et l'équipage de la Calypso dans Le Monde du silence (Malle, 1956). On les voit ainsi fanfaronner devant la carcasse du premier spécimen de mégalodon qu'ils ont tué, ils font aussi exploser une baleine par erreur. Comme le dit l'océanologue chinois – très sceptique sur les méthodes de son équipe : « Ce n'est pas un grand pas pour la science ». Certes, mais il faut admettre qu'il est très agréable de voir un blockbuster aussi drôle et si peu soucieux du discours de son époque (au choix l'écologie ou le féminisme). C'est par là que The Meg peut éventuellement plaire : en dépit de la nullité de son casting et de ses évidents défauts de conception (notamment en ce qui concerne le montage), ce petit shark movie complètement idiot est l'un des films les plus sympathiques de cet été

 

 

Notes d'été (5): En eaux troubles de Jon Turteltaub