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Journal d'un spectateur


Etat des lieux (The Amazing Spider-man 2 de Marc Webb)

Publié par jsma sur 2 Mai 2014, 12:55pm

Catégories : #spiderman, #blockbuster, #marc webb, #andrew garfield, #emma stone, #teen spirit

Etat des lieux (The Amazing Spider-man 2 de Marc Webb)

Andrew Garfield en est au même point que Tobey Maguire dans le Spider-man 2 de Sam Raimi: il s'ennuie dans son costume d'homme-araignée. Cet ennui se fait sentir dès la première séquence d'action, mauvaise parodie des premiers épisodes de Die hard, où Spider doit arrêter des terroristes russes, jongler avec des tubes de plutonium et répondre au téléphone à Gwen Stacy (Emma Stone), qui l'attend pour une remise de diplômes. On voit tout de suite que l'action ne sera pas le point fort de ce deuxième volet d'Amazing Spider-man: dans les deux scènes de combat contre Electro (Jamie Foxx), Andrew Garfield cède sa place à une image de synthèse en 3D (il n'y a donc plus personne à l'intérieur du costume), tandis que Jamie Foxx, après une plongée dans le liquide amniotique qui va provoquer sa transformation, apparaît dans une sorte de brouillard électromagnétique, se pulvérise en particules bleues avant d'exploser dans un entrelacs de fils, au moment où Gwen Stacy rallume les compteurs de la ville, momentanément éteints. Personne ne se bat contre personne et le combat final dure le temps d'une brève coupure de courant. Ce n'est pas le moindre des paradoxes d'un film qui, d'un côté, joue sur toutes les ressources offertes par le motion capture et les images virtuelles (au point que Spider n'a jamais paru si élastique et si vide) et qui, d'un autre côté, fabrique la figure d'un méchant qui fête son anniversaire en faisant exploser le réseau électrique de New York, finissant par plonger avions et hôpitaux dans le blackout, comme si le grand rêve secret du film était d'éteindre tous les ordinateurs qui fabriquent pourtant les images dont il nous abreuve.

La scène du combat dans Times Square illustre assez bien ce paradoxe: alors que les spectateurs attendent derrière des barrières le grand spectacle de rue annoncé (Spider vs Electro), alors que les images d'Electro se démultiplient sur plusieurs écrans géants, comme si on allait assister à un concert dans un grand stade, il n'y a finalement presque rien à voir: un carambolage de taxis, quelques voitures de police projetées par une puissante onde magnétique et un mouvement de foule gelé en slow motion. Un tel bâclage mérite d'être interrogé: si les scènes d'action sont toutes ratées, d'autres séquences sont plus construites, celle de l'exploration de la station Roosevelt par exemple, où Spider actionne un mécanisme secret comme dans les souterrains d'Indiana Jones et le temple maudit, ou celle de la métamorphose d'Harry Osborn (Dane DeHaan) en bouffon vert, qui rappelle beaucoup la séquence de transformation du Loup-garou de Londres de John Landis.

Il est donc clair que le film carbure à la nostalgie, un peu à la manière des Star Trek de J.J. Abrams, mais avec moins de maniaquerie dans la reconstitution de l'esthétique des années 80 : c'est ce qui en fait un objet daté. On voit bien que Marc Webb essaie de prendre quelques trains en marche : un peu de Nolan pour la scène de l'avion qui ouvre le film, calquée sur la séquence d'ouverture de The Dark Knight rises, un peu de Chronicle pour le personnage d'Electro et le choix de Dane DeHaan dans le rôle d'Harry, un peu de Man of Steel pour la séquence d'action dans Times Square où Spider porte des voitures à bout de bras, comme Superman. Mais tous ces trains pris en marche ne conduisent pas le film vers une destination où il trouverait enfin une forme qui lui serait propre, tous ces trains le ramènent finalement à son point de départ, à ce terroriste russe du début que l'on retrouve dans l'épilogue. Retour au même, à une nuance près: du prologue à l'épilogue, on est passé de John McTiernan (Die Hard) à Michael Bay, d'un cinéma d'action qui voulait rendre l'espace parfaitement lisible (1) à une parodie du finale de Transformers 2. D'un point à l'autre de son récit, The Amazing Spider-man 2 ressemble donc à un état des lieux, il résume vingt-cinq ans de cinéma d'action et Marc Webb s'attelle à cette tâche avec une modestie qui pose la limite de sa démarche, mais explique aussi le charme du film: le spectacle n'étant jamais à la hauteur de ce qu'on peut attendre d'un blockbuster (pas de grand mouvement de foule, pas d'apocalypse urbaine), le spectateur doit regarder ailleurs.

Entre deux scènes d'action ratées, qu'est-ce qui peut donc nous intéresser? Il faut reconnaître au film au moins un mérite: il n'essaie pas de nous vendre un discours politique pour justifier la pauvreté de son spectacle. Le monde de Marc Webb n'est ni plongé dans un chaos organisé en districts (façon Hunger games), ni dirigé par de dangereux néonazis qui veulent faire exploser Washington (façon Captain America 2), ce monde est avant tout celui d'un teen-movie, auquel la romance d'Andrew Garfield et d'Emma Stone parvient à donner un peu de corps. C'était déjà ce qui faisait le charme du premier volet d'Amazing Spider-man: sa plus belle scène était celle du baiser sur le toit d'un building, scène dans laquelle le héros se servait de sa toile pour attraper Emma Stone par la taille avant de l'embrasser. Ce moment valait presque celui du baiser donné à Mary Jane Watson dans l'épisode 1 de la trilogie de Sam Raimi.

Marc Webb sait très bien que Spiderman est le plus immature des superhéros et qu'à ce titre, rien de sérieux ne peut lui arriver: les beaux moments du film sont donc ceux où Andrew Garfield reprend le rôle du jeune homme maladroit dont Tobey Maguire a inventé la silhouette: un baiser volé dans les placards d'Oscorp peut suffire à faire oublier l'anonymat des images virtuelles qui nous sont servies dans les scènes d'action. De même, la laideur visuelle du finale sera compensée par la chute de Gwen Stacy, qu'aucune toile ne pourra sauver. Le film retrouve à ce moment le romantisme adolescent du Roméo et Juliette de Baz Luhrmann et la gravité tragique du finale de Casino Royale. Bien qu'il reprenne in extremis son costume rouge et bleu élastique de création virtuelle, Peter Parker finit en jeune homme brisé. C'est en ce sens aussi que le film est un état des lieux: il fixe un passage vers l'âge d'homme du héros, l'endurcit avant de le relancer dans l'aventure.

(1) Voir ce que disait John McTiernan dans le numéro 690 des Cahiers du cinéma: "Il existe une règle stricte pour tout film d'action: vous devez avoir une parfaite lisibilité de l'espace et comprendre la géographie du film. Il faut avoir l'impression physique d'y être. Le lieu est le centre du problème. Sans rapport au lieu, vous ne comprenez pas l'histoire. La vie n'est qu'une suite d'actions: si vous voyez quelqu'un courir sans savoir où il est, ni d'où il vient, ni où il va, vous ne comprenez rien."

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