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Journal d'un spectateur


Les mains de Ryan Gosling (Only God forgives de Nicolas Windig Refn)

Publié par jsma sur 25 Mai 2013, 15:44pm

Catégories : #nicolas winding refn, #ryan gosling

Les mains de Ryan Gosling (Only God forgives de Nicolas Windig Refn)

D'Only God forgives, on ne voit d'abord que les faiblesses et celles-ci sont tellement frappantes qu'on a envie de les retenir comme des charges contre son auteur, des preuves indiscutables de son imposture, ou pour dire les choses encore plus nettement, de sa bêtise. Bêtise d'un scénario qui réécrit la fable d'Oedipe avant le parricide et l'inceste, avec Kristin Scott Thomas et un policier-samouraï dans le rôle de Jocaste et d'Oedipe. Pauvres personnages réduits à leur fonction symbolique, auxquels NWR est incapable de donner la moindre vie. Ce manque d'incarnation était déjà au coeur de Drive, mais on parvenait parfois à l'oublier en se laissant séduire par la beauté graphique de quelques séquences (la première par exemple), ou simplement par le visage de Ryan Gosling, que le film figeait dans une impassibilité qui a largement contribué à son iconisation. Only God forgives prend acte de cela: c'est avant tout un exercice de style, une variation (très) colorée sur le revenge movie écrite contre Drive, en tout cas dans la pleine conscience de ses effets et de l'incroyable vague d'adoration que le style du film a provoquée.

En cela, la bêtise du scénario d'Only God peut tout à fait se justifier et on ne voit pas pourquoi il faudrait sacrifier Refn sur le tapis rouge de Cannes, alors qu'il essaie de poursuivre un travail sur la violence entrepris depuis Bronson, film bien plus laborieux, qui ressemblait à une sorte d'Orange mécanique sous amphétamines. La tâche est difficile car Drive a été sacralisé et Ryan Gosling y a trouvé le rôle de sa vie : peut-être n'est-il pas encore devenu un grand acteur, mais il a indiscutablement imposé un corps et un visage que l'on a envie de (re)voir. Dans The Place beyond the pines, ce corps n'apparaît que dans le premier tiers du film, mais de façon tellement puissante qu'il est impossible de regarder les deux autres tiers avec la même attention. Dès la première séquence, l'icône est mise à nu (on voit le dos de Gosling, couvert de tatouages) et c'est toute la fantasmatique gay qui était plus ou moins subtilement convoquée dans Driven qui est mise à nu.

Dès lors, il faut s'interroger sur ce qui déçoit tant dans Only god forgives: est-ce une affaire de style ou d'acteur? Le style de Refn ne diffère pas celui de Drive: même goût pour les ambiances nocturnes à la Michael Mann, mêmes cadrages étouffants (au point qu'on a l'impression de voir le film depuis une vitrine), même esthétique de la violence, qui jaillit de façon fulgurante dans une séquence où le policier-samouraï plante des paires d'aiguilles dans le corps d'un homme qui refuse de parler. Ceux qui avaient aimé Drive pour la scène de l'ascenseur la retrouveront déclinée sous des formes encore plus radicales dans Only god forgives: la déception ne peut donc pas venir du style (sauf à supposer que celui-ci lasse déjà), mais de Gosling et de ce que Refn en fait.

Deux options étaient possibles: la première consistait à mettre à nu la figure du justicier pour révéler sa fragilité. C'est un peu l'option que fait mine de suivre le film quand il convoque les rêves et le freudisme: ce n'est pas ce qui lui réussit le mieux. L'autre option - elle est plus nettement "figurative" - consiste à déviriliser Gosling : par là se justifie le côté oedipien du scénario, qui confisque au personnage du vengeur toute possibilité d'action en l'écrasant sous le poids de figures symboliques. L'Eros n'a donc jamais été aussi triste que dans ce revenge movie hanté par la castration, où l'on ne cesse (au cas où l'on n'aurait pas compris) de trancher des membres à coups de sabre. D'où le sentiment de déception : c'est un peu comme si le Charles Bronson d'Un Justicier dans la ville pleurait encore dans les jupes de sa mère. Only god forgives est un film impuissant dans tous les sens du terme: impuissance de la vengeance, impuissance sexuelle du personnage de Gosling, impuissance aussi du style de Refn, qui se demande ce qu'il peut faire de l'icône qu'il a créée avec Drive, et fixe obsessionnellement les mains de son acteur. Dans l'obscurité des nuits de Bangkok, superbement éclairées par Larry Smith, Ryan cherche désespérément son phallus. 

Les mains de Ryan Gosling (Only God forgives de Nicolas Windig Refn)
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