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Journal d'un spectateur


Le dossier Wan, chapitre 1 (Conjuring: les dossiers Warren de James Wan)

Publié par jsma sur 29 Août 2013, 22:09pm

Catégories : #horreur, #james wan, #maison hantée, #saw

Dans les messages qu'il adressait à ses victimes, Jigsaw, le démiurge de Saw, reproduisait invariablement la même formule: "I wanna play a game". Formule et principe de mise en scène pour Wan, qui invitait son spectateur à prendre la place du bourreau, partageant à la fois sa morale (nous n'avons pas su profiter de la vie) et sa vision du jeu (entrons dans une chambre de punition et de torture). Rétrospectivement, Saw apparaît aujourd'hui comme l'un des films les plus importants du cinéma d'horreur du début des années 2000: Wan a défini, avec Eli Roth (Hostel), l'esthétique d'un sous-genre (le torture porn), son dispositif simple (un bourreau/une victime) et une inépuisable palette de plaisirs sadiques, qui atteindra, quelques années plus tard, une sorte de point-limite avec A Serbian film et Human centipede.

Avec Conjuring, Wan a visiblement changé son fusil d'épaule: en dix ans, le jeu s'est nettement adouci, suivant un chemin formellement plus balisé (et donc moins novateur) qui rappelle l'horreur des années 70 (notamment Amityville et L'Exorciste). Les protagonistes du jeu sont une mère de famille possédée (Lili Taylor) et un couple d'exorcistes professionnels, Ed et Lorraine Warren (Vera Farmiga et Patrick Wilson). Ces experts en démonologie, qui entrent en scène dans la deuxième partie du film (on les a vus présenter une de leurs affaires dans le prologue), poursuivent un objectif qui n'est pas moralement différent de celui de Jigsaw: il s'agit de restaurer des valeurs (en l'occurrence l'amour de la famille) par des moyens violents (une violente cérémonie d'exorcisme), de pratiquer une hygiène des maisons et des esprits pour rétablir le paix au sein du foyer.

Malgré quelques scènes très réussies (notamment une partie de colin-maillard vraiment angoissante), Conjuring étonne par son happy end : depuis quand un film d'horreur doit-il bien penser? A-t-on besoin d'y voir, sous un jour rassurant, les sourires heureux d'une famille qui a retrouvé l'équilibre après avoir été persécutée par un démon? Il y a dans Conjuring une idéologie de l'esprit sain dans un corps sain, dont la silhouette svelte et le regard un peu vide de Vera Farmiga sont les reflets effrayants.

Admettons un instant que le mauvais esprit qui hante la maison de Conjuring soit celui de James Wan et que son parcours dans le film (de la partie de colin-maillard jusqu'à l'exorcisme final) résume celui du réalisateur: on aurait alors une vue assez exacte de l'échec de Conjuring. Wan s'aperçoit assez vite qu'il ne peut pas jouer sur deux registres, celui, classique, du film de maison hantée (avec ses portes qui claquent, sa lumière qui s'éteint brutalement dans la cave, son armoire qui grince) et celui, plus contemporain, du professionnalisme incarné par le couple Warren, qu'on imagerait très bien dans une série qui pourrait s'intituler Les Experts du paranormal. Ce sont eux, les héros de Conjuring. Et le "dossier" ouvert par Wan, comme l'indique le titre du film, ne fait peut-être qu'en annoncer d'autres, qui attendent déjà sur une pile la création d'une franchise.

Aussi maîtrisé que désinvesti, le film de Wan montre les mêmes compétences, le même sérieux, la même efficacité professionnelle que le couple Warren. Wan semble presque l'avoir dirigé depuis un bureau, là où il prépare actuellement le scénario du prochain Fast & Furious.

Le dossier Wan, chapitre 1 (Conjuring: les dossiers Warren de James Wan)

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