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Journal d'un spectateur


My heart is full (De l'influence des rayons gamma sur le comportement des marguerites de Paul Newman)

Publié par jsma sur 14 Avril 2013, 20:18pm

Catégories : #paul newman, #joanne woodward, #années 70, #portrait de femme

Jane Fonda et Faye Dunaway ont sans doute été les actrices américaines les plus emblématiques des années 70. La première connaît la consécration avec Klute de Pakula (1971), la seconde décroche tous les grands rôles de la décennie: Portrait d'une enfant déchue (Schatzberg, 1970), Chinatown (Polanski, 1974), Les Trois jours du condors (Pollack, 1975), Network (Lumet, 1976). Si je devais pourtant dire quelles sont les actrices emblématiques de ce que représente pour moi le cinéma américain des années 70, je penserais plutôt à Sissy Spacek dans Badlands (Malick, 1973), à Ellen Burstyn dans Alice n'est plus ici (Scorsese, 1974), à Gena Rowlands dans Opening night (Cassavetes, 1977). A cette liste, je dois ajouter Joanne Woodward dans The Effect of Gamma Rays.

Pour son troisième film en tant que réalisateur, Newman offre à sa femme un rôle ample, écrasant, qui pourrait résumer à lui seul tous les portraits de femmes bordeline du cinéma américain des années 70. Comme le personnage d'Alice Hyatt incarné par Ellen Burstyn dans le film de Scorsese, Béatrice Hundsdorfer est veuve, elle a deux filles: Ruth, une adolescente rebelle (incarnée par Roberta Wallach) et Matilda (Nell Potts), sage petite fille blonde qui réalise chez elle une expérience sur des marguerites poussant sous l'effet de rayons gamma. Béatrice Hundsdorfer a encore de vieux rêves, elle voudrait ouvrir un salon de thé, mais l'argent manque, il faut louer une chambre de la maison à une vieille dame. Les filles de Béatrice grandissent tant bien que mal dans un environnement en crise (manque d'argent et d'affection) où le foyer, comme souvent dans le cinéma américain, fonctionne comme une allégorie du pays.

Le film dépasse pourtant cette symbolique un peu lourdingue. Lors d'un exposé, Matilda décrit le résultat de l'expérience qu'elle a effectuée sur les marguerites: la croissance inégale des fleurs devient alors l'image d'un déséquilibre qui existe au-delà de la maison, d'une injustice profondément inscrite dans l'univers. L'expérience de Matilda nous ouvre à la compréhension d'un univers non solidaire, où chacun pousse comme une fleur dans son coin. A l'image de la maison Hundsdorfer, où il s'agit, pour les deux filles, de trouver un peu de place et de paix à côté d'une mère hystérique, personnage auquel Joanne Woodward va donner une sorte de plénitude monstrueuse. A la fête de l'école où Béatrice Hundsdorfer arrive trop tard, presque ivre, répétant plusieurs fois: "My heart is full". Son coeur est plein, mais plein de quoi? La fin du film fait sentir toute la folie qui a emporté ce coeur, c'est une fin douloureuse et splendide, qu'il faut décrire.

The Effet of Gamma Rays s'achève sur le sacrifice dérisoire d'un pauvre lapin, qui faisait plus ou moins figure de doudou de la petite Matilda. Dans la scène finale, la petite fille dépose sur l'herbe du jardin l'animal que sa mère vient de tuer. Par un plan d'ensemble, on voit le jardin, la nuit, les étoiles. Sensation étonnante de paix, mais d'une paix traversée d'un immense chagrin. Tranquillement offert au rayonnement de la nuit, le lapin mort marque le point de conclusion d'un drame qui se joue, pour finir, dans la conscience d'une enfant. Newman donne au chagrin d'une petite fille la dimension d'une grande nuit étoilée. Et porte son film au firmament. 

 

My heart is full (Joanne Woodward dans The Effect of Gama Rays)

My heart is full (Joanne Woodward dans The Effect of Gama Rays)

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