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Journal d'un spectateur


Dans la maison de Lincoln (White House down de Roland Emmerich)

Publié par jsma sur 8 Septembre 2013, 13:50pm

Catégories : #blockbuster, #roland emmerich, #maison blanche

Dans la maison de Lincoln (White House down de Roland Emmerich)

En quelques mois et en deux rôles, Jamie Foxx a traversé deux siècles d'histoire américaine: esclave affranchi dans Django unchained, le voilà aujourd'hui installé, avec White House down, dans le Bureau ovale de la Maison Blanche. Retour vers le futur: l'esclave est devenu Président des Etats-Unis, il s'appelle James Sawyer et c'est un grand pacifiste. Alors qu'il doit signer d'importants accords diplomatiques avec les pays du Moyen-Orient, des terroristes d'extrême droite agissant au nom de puissants lobbys d'armement veulent déclencher la troisième guerre mondiale. Trahi par celui qui assure sa protection rapprochée (James Woods), le président sera sauvé par un héros providentiel (Channing Tatum), qui deviendra son bodyguard. Sur la base de ce scénario assez ingrat, mais pas plus idiot que celui de Pacific Rim ou du dernier Superman, quelle histoire nous raconte Roland Emmerich?

Première bonne idée: avant de déclencher le spectacle pyrotechnique attendu (une première explosion a lieu à la fin de la première demie-heure, d'autres suivront jusqu'à l'embrasement final), la White House d'Emmerich est présentée comme un musée, on y aperçoit les portraits de Lincoln et de Washington. La fille du héros gagne le droit de visiter les lieux avant l'attaque terroriste: dans cette séquence amusante, une visiteuse demande au guide de lui montrer le tunnel secret dans lequel JFK faisait entrer Marilyn, au temps de leur liaison. Le guide lui répond que ce tunnel n'existe pas, mais il servira pourtant à organiser l'évasion ratée du président au milieu du film. Comme il n'est pas possible de s'enfuir par le tunnel, le président et son bodyguard sortent en limousine et traversent les jardins de la Maison dans une scène de poursuite qui se termine dans la piscine privée du président. Difficile de procéder à une visite des lieux plus complète: à l'intérieur d'un film d'action plutôt efficace (parce qu'Emmerich en maîtrise bien le rythme), le spectateur est invité à une journée du patrimoine. Mais comment faire vivre le musée? "J'aimerais entrer dans l'Histoire, être un héros" dit Jamie Foxx à son bodyguard. Le film prend acte de ce voeu et s'efforce de l'exaucer.

Deuxième bonne idée: Emmerich dérègle la logique qui voudrait que le président soit un simple otage, confiné dans son bureau avec les terroristes. Comme dans le dernier Iron Man, le président passe à l'action: bien qu'il dise à son bodyguard que le sacrifice est son travail quotidien ("sacrifice is my job""), en bon héros de film d'action, il préfère la guerre au sacrifice: c'est ainsi qu' il utilise toutes sortes d'armes, du lance-roquettes (dans la séquence de poursuite dont je viens de parler) au stylo-plume (dont il plante la pointe dans le cou du traître). Difficile de ne pas voir ces scènes comme des signes du pragmatisme d'Emmerich: toutes les armes sont bonnes à prendre pour défendre la Nation.

Troisième bonne idée: alors qu'Emmerich a, depuis Independance day (1996), une réputation de grand patriote, son film flatte moins le patriotisme qu'il ne l'interroge. Sans être toujours très subtil dans son discours, il est tout de même intéressant: en posant l'hypothétique mort d'Obama (dont Jamie Foxx imite parfaitement l'attitude à la fois raide et cool), Emmerich imagine une démocratie au bord du chaos dans un pays qui n'aurait plus d'Histoire. Rappelons qu'en 2009, dans son célèbre discours d'investiture, Barack Obama avait désigné son pays par la belle expression de "Land of Lincoln": cet ancrage dans l'Histoire avait fait la réussite de sa campagne, mais cinq ans plus tard, où en est-il? Le président confie cyniquement à son bodyguard qu'une fois qu'on est élu, on ne travaille plus qu''à être réélu. D'où l'image du musée qui ressort de la première demie-heure: dans un musée, l'Histoire s'est arrêtée, les hommes ne font plus rien. Peut-être faut-il alors détruire le musée pour relancer l'Histoire, la remettre en marche: c'est ce que pense l'un des comploteurs (Richard Jenkins), qui devient, après la mort annoncée du président, le président officiel des Etats-Unis. Sa première décision est de bombarder la Maison Blanche: "Notre pays est plus fort que ces murs", explique-t-il. Sauf que ce n'est pas tout à fait le point de vue d'Emmerich, ni celui du président Sawyer, qui rêve moins de détruire la White House que de s'y faire une place, quelque part à côté de Lincoln.

Il faut donc reparler de ce personnage de président. La meilleure idée du film consiste à avoir donné le beau rôle à Jamie Foxx, laissant Channing Tatum faire son travail de last action hero. Disqualifiant tout discours pacifiste (puisque le désir de paix du président ne l'empêche de dégommer des terroristes à coup de lance-roquettes), Emmerich filme Jamie Foxx comme un homme qui tente de sauver les meubles: un héros modeste, un président "normal". C'est la raison pour laquelle il ne peut pas mourir: alors qu'on lui tire une balle dans le ventre, il tombe puis se relève un peu plus tard en sortant une vieille montre à gousset, copie de celle d'Abraham Lincoln, sur laquelle s'est fixée la balle qui devait le tuer. "Abraham est mort une deuxième fois", lui lance ironiquement son bodyguard. Abraham Lincoln appartient à la légende américaine, ce qui n'est pas le cas du président Sawyer, ou de Barack Obama. Pour entrer dans l'Histoire, il faudrait imaginer des scénarios plus tragiques, inscrits sur un arrière-plan d'épopée: l'histoire de Lincoln, en somme. On est en loin dans White House down, mais tout le monde fait de son mieux pour sauver la Maison. Ce n'est déjà pas si mal.

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