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Journal d'un spectateur


Poubelle (Amy d'Asif Kapadia)

Publié par jsma sur 14 Juillet 2015, 17:40pm

Catégories : #amy winehouse, #documentaire, #célébrité, #déchetterie

Poubelle (Amy d'Asif Kapadia)

Le talent précoce, les premiers succès, la célébrité, la première overdose, l'autodestruction et la mort : Amy pourrait dresser le portrait de n'importe quelle icône sacrifiée sur le bûcher des vanités. On ne peut d'ailleurs lui en faire le reproche : comme un compte à rebours, le récit de la vie d'Amy Winehouse suit une marche inexorable, fonçant pathétiquement vers la case mort.

Le problème que pose Amy n'est donc pas tant celui de son récit – des premières auditions de la chanteuse jusqu'au bad trip final, le portrait suit le principe du rise and fall – que la position qu'il nous impose en tant que spectateur. Le film donne l'impression, de plus en plus nette à mesure que se précise son point de vue, de pénétrer dans les toilettes un peu glauques de l'artiste pour scruter dans chaque détail – ses ballerines trouées, son visage émacié, son regard de plus en plus vitreux – les traces de sa mauvaise vie. Amy est un film de parents soucieux : son discours, très moralisateur, ne cesse de répéter qu'un tel gâchis aurait pu être évité si on avait pris soin d'Amy.

Dès lors, l'un des objectifs du film est de faire le procès de l'entourage de la chanteuse, en désignant les coupables potentiels. Si le premier d'entre eux – le père, forcément absent – ne fait que de rares apparitions, le second, Blake Fielder, petit ami et mari de la chanteuse, occupe une place centrale dans la procédure d'accusation élaborée par le film. Ses témoignages, ses images personnelles – un petit film amateur tourné depuis une clinique de désintoxication où Blake demande à Amy de chanter un version actualisée de Rehab – sont utilisées comme des pièces chargeant peu à peu son dossier. Montré au début du film comme un personnage de Trainspotting, Blake change peu à peu de visage pour devenir un mentor toxique, coupable d'avoir laminé Amy en lui mettant sous le nez du crack et de l'héroïne.

Il est difficile d'adhérer à cette thèse de fan idiot – la même que celle qui accusait, il y a vingt ans, Courtney Love d'avoir bousillé Kurt Cobain. On se dit même, en entendant le très beau texte de Back to black dédié à Blake, que le jeune homme méritait sans doute mieux qu'un tel procès. Mais le film, jamais subtil, préfère se placer du côté de la meute : incapable de saisir son objet, il ne fait que chercher des explications, suivant la logique des tabloïds anglais, tout en montrant la pauvre Amy traquée, devant chez elle, par les flashes des paparazzi.

Plus on approche de la fin et plus le film nous met le nez dans la poubelle. Lorsque commence le récit des dernières semaines de vie de la chanteuse, la morale de parents soucieux est mise au placard, cédant la place au trash, dans une escalade qui n'a pas de limite. Des médecins sont appelés à la barre des témoins pour décrire les pathologies d'Amy (boulimie, alcoolisme, dépression), tandis que des proches de la chanteuse débitent des banalités sur le destin et la fatalité, nous faisant comprendre qu'Amy ne voulait pas s'en sortir. Lorsqu'apparaît, dans le générique de fin, un portfolio de l'artiste, le film se révèle vraiment immonde dans sa façon de recomposer un portrait officiel. Alors qu'il n'a fait que scruter la déchéance de la chanteuse – notamment dans une séquence de concert à Belgrade où elle n'est plus que l'ombre d'elle-même – il recolle finalement les morceaux, plastifie sa légende pour la décliner sous forme de jolis posters.

Ayant décortiqué son sujet avec l'avidité d'un rapace (audition des témoins, description des pathologies, procès des coupables présumés), Amy ressemble dresse moins un portrait d'artiste qu'il n'érige un tombeau en forme de poubelle, où les fans de la chanteuse pourront éventuellement se délecter en rognant quelques os. Les autres, plus circonspects, sortiront de cette déchetterie avec des nausées.

Amy d'Asif Kapadia (en salle depuis le 7 juillet). 2h07.

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