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Journal d'un spectateur


Furiosa Road (Mad Max Fury Road de George Miller)

Publié par jsma sur 20 Mai 2015, 12:46pm

Catégories : #mad max, #désert, #post-apo, #charlize theron

Furiosa Road (Mad Max Fury Road de George Miller)

Au nom du héros, le titre du nouveau Mad Max ajoute celui de Fury Road. Cette route est celle qu'emprunte le camion d'Imperator Furiosa (Charlize Theron), guerrière qui se révolte contre la tyrannie d'Immortan Joe en enlevant ses épouses, retenues dans la Citadelle pour lui assurer une descendance. De Furiosa à la Fury Road, la voie semble toute tracée et film travaille d'abord à convertir la fureur en mouvement. Ce mouvement emporte avec lui tout le folklore des précédents Mad Max : le camion de Furiosa est suivi d'un impressionnant cortège de guerriers hystériques (les Warboys) pilotant des voitures monstrueuses. Mais arrivé à mi-chemin de Fury Road, l'énergie qui traverse le film semble se demander où elle va : l'utopie visée (elle s'appelle le Pays vert) n'existant pas, le camion fait demi-tour et revient vers la Citadelle pour instaurer un ordre nouveau.

Etrange mouvement en deux temps, à la limite de l'absurde : un aller plein d'espoir conduisant à un paradis perdu (le Pays vert) et un retour lucide vers le point de départ, qui marquera l'avènement de Furiosa. Une utopie défaillante et une prise de pouvoir. C'est ce qui différencie Fury Road du tout premier Mad Max (1981). Max Rockatansky était une figure solitaire issue de l'imaginaire nihiliste du cinéma des années 70 : au bout du désert, il n'y avait rien d'autre que la vengeance. Furiosa, en revanche, finit par transformer sa colère en destin politique. Sans en faire un manifeste féministe, on peut dire du film qu'il dessine une parabole sur l'affranchissement. Dans la séquence finale, un ascenseur porte la guerrière et les épouses libres vers le sommet de la Citadelle, lieu d'élection de ces nouvelles reines. L'ascension est claire et autorise presque une lecture gender : on est passé d'un patriarcat décadent à un gouvernement de femmes.

Ce monde de femmes, le film en donne une autre représentation lorsque Furiosa retrouve sa patrie, le Pays des mille mères. Etrange contrée où les voyageurs de passage sont devenus des proies: dans une grue en bois perdue au milieu du désert, une femme nue sert d'appât. Des guerrières en cuir chevauchant des motos se tiennent aux aguets, cachées derrière des dunes. A travers ce décor de western sans hommes, le film dévoile un peu plus clairement sa vision politique : l'utopie des femmes n'a pas mieux fonctionné que la tyrannie d'Immortan Joe. Les deux communautés sont frappées par la même stérilité : celle de la terre, trop acide, dans le Pays des Mille mères, et celle de la semence du tyran, qui ne parvient pas à engendrer autre chose que des freaks. La désolation est partout. De ce point de vue, la fin de Fury Road, si elle marque le triomphe des femmes affranchies, n'a rien d'un happy end : quel monde nouveau les femmes vont-elles enfanter après avoir pris le pouvoir? Le retour à la Citadelle est sans avenir. Il manque un homme, un héros, un roi. Max Rockatansky est une figure trop solitaire pour occuper cette place.

Esclave enfermé dans un cachot, où son sang sert à régénérer les guerriers fous d'Immortan Joe, puis totem attaché à un véhicule de guerre, Max est d'abord situé en marge de l'action. Son retour, trente ans après Le Dôme du tonnerre, n'a rien de flamboyant. Il faudrait même parler plutôt d'éclipse : une éclipse relative, certes (car Max va briser ses chaînes pour se battre), mais dont on perçoit la couleur dans tout le film, ne serait-ce que parce que le Road Warrior du premier Mad Max ne conduit plus. Sa place est presque toujours secondaire: il sert de trépied à Furiosa lorsqu'elle doit abattre un de leurs poursuivants, il tue le sbires du tyran mais n'a pas le privilège de l'affronter (c'est Furiosa qui le tue). Dans une séquence assez belle, Furiosa et les épouses le voient revenir dans la nuit couvert de sang, comme un chien de combat ayant accompli sa tâche. On ne peut désigner plus clairement son déclin symbolique: Max est un gardien de troupeau. Vieille légende revenue des années 80, il ne peut faire sens dans la parabole politique de Fury Road. La plus belle séquence du film le montre fossilisé dans le sable du désert après un accident, il reprend peu à peu ses esprits et aperçoit au loin les épouses d'Immortan Joe. Le monde qui se dessine dans ce contrechamp lumineux est un monde sans lui, où les femmes se rafraîchissent comme des naïades lointaines, intouchables.

Au début du film, le héros se voit affublé du surnom de « Globulard », sobriquet qui ne renvoie pas seulement à sa fonction dans la prison d'Immortan Joe (celle d'un animal vampirisé par des Warboys exsangues), mais annonce aussi une métamorphose : l'énergie du héros est passée vers d'autres corps, la franchise a besoin de sang neuf. Miller sait que son film ne peut pas vivre sur son seul folklore : les voitures et les fous, le désert et son bestiaire. La dernière partie de Boulevard de la mort de Tarantino (2007) avait génialement anticipé cette fatigue du Road warrior qui trace si nettement aujourd'hui l'horizon de Fury Road : le personnage de Kurt Russell était peu à peu éclipsé et littéralement massacré par une équipe de femmes agressives et vengeresses. Le schéma est presque le même chez Miller. Le monde des femmes n'est pas seulement posé dans le film comme une alternative politique à la tyrannie : ce serait dire que Fury Road est un film féministe, on a montré que la question était traitée avec un certain scepticisme. Le film travaille plutôt à l'élection d'une nouvelle figure héroïque, dont l'avènement a lieu sous les clameurs de la foule dans la séquence finale. Cet avènement est celui de Furiosa. Et le dernier plan de Fury Road nous montre le regard de Max se tournant une dernière fois vers cette nouvelle reine, avant de disparaître dans sa propre légende. Revenu à son point de départ, le film n'aura suivi, en somme, qu'une seule route : celle de Furiosa.

Furiosa Road (Mad Max Fury Road de George Miller)

Max Mad Fury Road de George Miller. Avec Charlize Theron (Furiosa), Tom Hardy (Max), Nicholas Hoult (Nux). Scénario : George Miller et Brendan McCarthy. Photographie : John Seale. 120 min.

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