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Journal d'un spectateur


Post-scriptum 4: Emmène-moi danser dans l'Oise

Publié par jsma sur 20 Décembre 2014, 15:39pm

Catégories : #post-scriptum, #la prochaine fois je viserai le coeur, #série noire, #glauque, #les mots bleus, #christophe, #notes

Post-scriptum 4: Emmène-moi danser dans l'Oise

Lorsqu'à la fin de La Prochaine fois je viserai le cœur, le gendarme Lamare (Guillaume Canet) s'entend dire, après avoir été arrêté, qu'il est « la honte de la gendarmerie nationale », il est difficile de ne pas repenser au commandant Van der Weyden et à son adjoint Carpentier dans Ptit Quinquin. En dépit de son très grand sérieux – car il faut préciser qu'on ne rit jamais dans le film de Cédric Anger, ce qui en fait une exception assez notable dans la production française - la scène d'arrestation du gendarme Lamare m'a paru très drôle et je me suis plu à l'imaginer autrement. Devant les deux gendarmes de Bruno Dumont, Lamare aurait-il pu être désigné comme « la honte » de sa corporation ? Qu'en aurait pensé Carpentier ? Quelle étrange réplique aurait pu prononcer le commandant pour qualifier les actes de Lamare ?

Après-coup, je me suis demandé de quoi ce rire m'avait libéré, à ce moment précis. Des paysages froids de l'Oise ? De l'esthétique globalement très glauque du film ? Cette esthétique est plutôt à mes yeux une des qualités de La Prochaine fois je viserai le cœur : la maison où Lamare retrouve la jeune fille qui le trouve « gentil » (Ana Girardot) ressemble à celle de Franck Poupart dans Série Noire, film où le visage de la petite Mona (Marie Trintignant) venait rayonner un peu dans la grisaille de l'existence de Franck Poupart (Patrick Dewaere). Car la grisaille, dans Série Noire, était partout: elle était celle des petites banlieues françaises, des petits foyers où les femmes écoutaient des chansons de Claude François et de Sacha Distel (c'est ce que faisait l'épouse de Poupart - Myriam Boyer).

Il est regrettable que la variété soit absente dans la bande-originale de La Prochaine fois je viserai le cœur: la partition de Grégoire Hetzel – aussi envahissante que dans La Chambre bleue – enferme le film dans des boucles répétitives et écrase chaque séquence sous le poids d'une angoisse parfois artificielle. Et comme si la musique ne suffisait pas, Cédric Anger concrétise l'angoisse de son personnage en déversant des vers de terre sur le pare-brise de sa voiture. L'impression de glauque que fait naître le film provient plutôt d'un très beau travail sur les décors, et notamment sur les paysages. Les départementales sur lesquelles s'engage Lamare, les fossés au bord desquels il se débarrasse de ses victimes, les bois où il trouve refuge semblent peu à peu se resserrer sur lui, l'asphyxier. La plus belle scène du film est alors celle où on le voit sortir d'un étang glacé dans lequel il s'est caché pour reprendre sa respiration. Lamare, comme le film lui-même, a besoin d'air.

Le temps d'un slow, le film va respirer un peu. La scène est brève, mais belle. La jeune fille qui est amoureuse de Lamare vient de mettre une version italienne des Mots bleus (Lamare lui a offert précédemment un disque de Christophe). Dans une lumière terne, les deux personnages se rapprochent, s'effleurent, la voix de Christophe et la langue italienne inscrivent la scène dans un registre de sentimentalité auquel le film ne nous a pas habitués. La scène aurait dû durer, durer, durer – car elle pouvait, à elle seule, emporter le film vers une autre direction. Elle ne dure pas, on y voit à peine une étreinte, mais ce qu'on y voit brille dans le film d'une belle lueur. Comme le visage de Mona dans les mornes journées de Franck Poupart.

La Prochaine fois je viserai le coeur de Cédric Anger (sortie le 12 novembre 2014), avec Guillaume Canet (Lamare), Ana Girardot (Sophie), Jean-Yves Berteloot (Lacombe). Photographie: Thomas Hardmeier. Musique: Grégoire Hetzel. 111 min.

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