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Journal d'un spectateur


Les Parages du vide (Les Combattants de Thomas Cailley)

Publié par jsma sur 2 Septembre 2014, 06:15am

Catégories : #cinéma français, #film de vacances, #canal plus

Les Parages du vide (Les Combattants de Thomas Cailley)

Dans le train qui la conduit vers son camp de survivalistes (1), une jeune fille (Madeleine) aperçoit, au loin, la fumée épaisse d'un feu de forêt. C'est normal lui dit le garçon qui l'accompagne (Arnaud), c'est l'été, les forêts brûlent. Tout l'esprit des Combattants, premier film de Thomas Cailley, pourrait tenir dans cette courte scène où un couple regarde une forêt brûler comme un phénomène météorologique passager. Une catastrophe est en train d'avoir lieu – et le film ne fait que souligner un peu partout l'actualité de celle-ci : les poissons-chats détruisent la biodiversité des lacs, c'est la crise, nous allons tous mourir – mais ce catastrophisme est posé comme un contexte qu'on regarde de loin, une jolie image saisie depuis la fenêtre d'un train, on pourrait presque prendre une photo.

Les Combattants, film bien mal nommé, est donc tout sauf le lieu d'une lutte ou d'une résistance, il ne fait qu'accepter un état de crise qui, au fond, ne dérange personne, ni les deux personnages, ni le réalisateur. Peu importe que le monde parte en fumée (c'est ce qui se produira à la fin du film) tant qu'il est possible de boire encore, dans un hôpital, un bon potage à la tomate. Quelque chose est en train de s'écrouler, mais c'est l'été et on ne va quand-même pas pourrir ses vacances en pensant à la fin du monde. Ou, pire encore, à la mort d'un père (celui d'Arnaud), dont le deuil semble être fait au moment où il reconvertit ses points sur une nouvelle carte de fidelité Leroy Merlin. Voilà un autre exemple de l'esprit qui anime le film : une dérision permanente, qui se veut fine, alors qu'elle tire tout le film vers le bas.

Canal plus aime beaucoup Les Combattants : c'est la première indication que reçoit le spectateur avant même de voir le générique. De cette chaîne déprimante, presque angoissante parfois, le film a retenu la pire des leçons d'humour : presque toutes les répliques y fonctionnent comme des vannes, on croit entendre dans chaque scène les ricanements satisfaits de Yann Barthès et de ses sbires. La partie consacrée à l'armée est sans doute la plus représentative de cet état d'esprit : Madeleine, qui est le personnage le plus diplômé du film (donc le plus intelligent, car le film établit une stricte équivalence entre les deux), ne cesse d'opposer son esprit critique à la débilité collective des bidasses obéissant comme des chiens de Pavlov aux ordres absurdes d'un sergent instructeur. Dans ces séquences vraiment navrantes, Les Combattants s'inscrit dans la tradition franchouillarde et cheap des films de bidasse (notamment ceux de Claude Zidi avec les Charlots). Mais le film n'assume même pas ce côté Z: le camp militaire où Madeleine effectue son stage de survie est présenté comme une base de loisirs sympa où l'on joue au paintball, où l'on blague à la cantine, où l'on se met un peu de noir sur les joues. Lorsqu'Arnaud demande à Madeleine si elle veut participer à « l'activité maquillage » (qui correspond, en réalité, à un exercie en forêt), l'écriture du film se dévoile un peu plus nettement : tout y est divertissement.

Mais tout y est aussi désœuvrement : si Arnaud et Madeleine laissent l'impression – très embarrassante pour finir – de ne rien avoir fait, c'est parce que le film n'a fait que décliner pour eux des activités. Héros désoeuvrés d'un film-catastrophe subliminal, ils finissent par se recroqueviller, dans une utopie minuscule, qui a pour cadre une forêt, dans laquelle ils font l'amour. A force de ne rien faire, à force de se chercher, en vain, des loisirs, Madeleine et Arnaud finissent par prendre goût au grand rien proposé par le film. Leur acceptation d'un horizon sans action - qui est aussi celui du cinéma français dans son ensemble - tient dans cette réplique qu'Arnaud adresse à Madeleine lorsqu'elle lui demande ce qu'ils font au bord d'une rivière: « Rien, on kiffe ».

(1) Sur le survivalisme, voir aussi mon article consacré à You're next.

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