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Journal d'un spectateur


L'Enlèvement de Michel Houellebecq de Guillaume Nicloux

Publié par jsma sur 30 Août 2014, 20:16pm

Catégories : #michel houellebecq, #guillaume nicloux, #film de vacances

L'Enlèvement de Michel Houellebecq de Guillaume Nicloux

Ceux qui n'ont pas encore vu L'Enlèvement de Michel Houellebecq (1) pourraient croire – à tort – que le film déroule une histoire de rapt avec ravisseurs cagoulés et demande de rançon. De rançon, il est en effet question, mais qui la paiera, se demande Houellebecq, qui joue ici son propre rôle, dans un registre auto-parodique proche de celui d'Isolement (2). Cet Enlèvement est donc le prolongement d'une expérience étrange qui a commencé avec Les Parages du vide (l'album de Jean-Louis Aubert composé d'après les poèmes de Houellebecq) et qui va se poursuivre prochainement du côté de Groland, avec Near Death Expérience (qui sort le 10 septembre).

Mais Houellebecq ne revient-il pas déjà de Groland ? Son rapt – qui survient dès les vingt premières minutes – n'est-il pas une expérience par laquelle le film cherche à détruire – avec l'approbation et même l'enthousiasme de Houellebecq – sa figure d'écrivain misanthrope ? Car ce rapt sans conséquences est un moment très agréable, il offre à l'auteur de La Carte et le territoire un séjour dans le Loir et Cher : la nourriture est excellente, les ravisseurs fournissent du vin et des cigarettes, ils discutent poésie et free-fight et finissent même par offrir à leur prisonnier, en guise de cadeau d'anniversaire, une prostituée locale répondant au nom de Fatima.

L'Enlèvement de Michel Houellebecq a donc un côté film de vacances : dans ses meilleurs moments, c'est-à-dire dans les scènes de repas où tout le monde boit et improvise – ce qu'a confirmé Guillaume Nicloux cette semaine sur France inter (3) – l'auteur n'apparaît plus comme une figure intellectuelle à laquelle on pose des questions de circonstance, mais plutôt comme un invité avec lequel on parle d'égal à égal, ce qui donne lieu à des discussions tendues sur Warcraft (parce que plus personne n'arrive à prononcer le nom de Lovecraft) et Tolkien. Pourtant, malgré la drôlerie de ces scènes, quelque chose dans l'ensemble du film laisse une impression de mollesse : on a toujours l'impression d'être à Groland et le film finit par fatiguer à force d'enchaîner les scènes comme des sketches et d'attendre le bon mot de l'auteur. Guillaume Nicloux n'organise rien, il est toujours plus ou moins au spectacle.

Mais Houellebecq s'en fout, il est plus intelligent que le film, il trouve dans celui-ci une possibilité de s'autociter (tout ce qu'il dit de Le Corbusier ou de la Suède se trouve déjà dans ses romans) en même temps qu'il revient vers une forme de vie plate et prosaïque, qui était celle de Michel Djerzinski à la fin des Particules élémentaires. Tout au long de sa détention, ou de son séjour à la campagne, le besoin le plus essentiel qu'il exprime est celui d'un briquet. Ce que résume parfaitement le petit poème qu'il dédie aux parents d'un de ses ravisseurs : « Il n'y a plus d'allumettes/ Chez Ginette/ Pas le moindre briquet/ Chez Dédé. »

  1. Diffusé ce mercredi 27 août sur Arte, L'Enlèvement de Michel Houellebecq est visible sur le site de la chaîne jusqu'au 3 septembre.

  2. Sur Isolement, voir « Pas grand chose », texte publié sur ce blog le 8 mars dernier.

  3. Boomerang, émission du mardi 26 août (voir franceinter.fr).

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