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Journal d'un spectateur


Notes sur Adieu au langage de Jean-Luc Godard

Publié par jsma sur 29 Mai 2014, 22:30pm

Catégories : #godard, #adieu au langage, #notes

Notes sur Adieu au langage de Jean-Luc Godard

"Iln'y a plus de monde réel, de monde senti, de monde humain (...). Les fantômes sont là, ils constituent l'espace, ils m'entourent. Ils se nourrissent des yeux crevés des hommes." (Michel Houellebecq, La Possibilité d'une île, 2005)

1) Ne surtout pas se fier à la tonalité funèbre du titre: Adieu au langage n'est pas un film-tombeau. Les fantômes, pourtant, sont là: un homme, une femme, nus, nous rappellent tous les couples que JLG a filmés à l'époque où il racontait encore des histoires qui n'étaient pas celles du cinéma. La salle de bain du Mépris est toujours là, étrangement décolorée: l'homme chie pendant que la femme lui parle. Autrefois, B.B lisait un roman noir dans son bain.

2) Le titre anglais dit "Goodbye to language", ce n'est qu'un au revoir. Car du langage il y en a encore dans cette fausse cérémonie d'adieu, il n'y a même plus que ça, un langage à la fois amer et agressif. Amertume des prophéties ("Bientôt tout le monde aura besoin d'interprètes") et agressivité de la couleur. C'est peut-être ce qui frappe en premier : le rouge des coquelicots dégouline sur l'écran comme les maillots fluorescents des coureurs du Tour de France, comme si on ne pouvait plus "retenir" la couleur. Un plan le dit, simple comme une nature morte: on voit un pamplemousse et un citron coupés mais on a à peine le temps de les voir, leur couleur, déjà, s'évapore, part littéralement en fumée comme les buildings de Tokyo dans Real. "Il n'y a plus de monde réel, de monde senti".

3) Le seul être vivant du film est le chien, Roxy Miéville. Comme on est dans un film de JLG, une citation de Buffon doit justifier la présence du chien: "Le chien est le seul être vivant qui nous aime plus qu'il ne s'aime lui-même". Roxy for ever. Roxy pour nous signifier qu'il n'y aura bientôt plus de "monde humain". Le contraire de Welcome to NY, où Devereaux dit pour finir: regardez-moi, parlez-moi, prouvez-moi que je suis encore un être humain. Chez JLG, Roxy, filmé de dos, regarde un train qui part sur fond de 7e Symphonie de Beethoven. Autrefois c'était la nuque d'Anna Karina qu'il filmait dans Alphaville.

4) "Les fantômes se nourrissent des yeux crevés des hommes". Les images en 3D de JLG, au lieu de produire l'effet de sidération dont on a célébré un peu partout la puissance, font tellement mal aux yeux qu'il faut enlever ses lunettes, les essuyer pour vérifier d'abord que tout va bien. Nouveau langage que JLG veut utiliser de manière intempestive: la catastrophe esthétique que cela produit est ce qu'il y a de plus réjouissant dans le film, l'image donne l'impression de beuguer, de se fendre en son milieu pour accueillir quelque chose d'innommable, une sorte de pliure au milieu du cadre. Inutile de dire à quel vieux langage JLG adresse ses adieux. Sa 3D est une réponse à celle de Gravity, film qu'on a qualifié d'immersif, film "en apesanteur" où les larmes de Sandra Bullock se décollaient de ses joues pour s'envoler dans l'espace. Ici, au contraire, tout ce qui est en relief (un téléphone portable, un pot de fleurs, une chaise) est bien là, accusant sa morne pesanteur, pesant de tout son poids devant nos yeux morts.

5) Un grillage tombe sur l'écran, par deux fois: de quel côté est la liberté?

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LG 30/08/2014 21:32

http://louvreuse.net/instant-critique/langage-de-l-adieu.html

jsma 30/08/2014 22:40

Merci pour ce lien.

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