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Journal d'un spectateur


La Mort de Juliette Binoche dans Godzilla

Publié par jsma sur 25 Mai 2014, 23:01pm

Catégories : #blockbuster, #gareth edwards, #juliette binoche, #posthumain

La Mort de Juliette Binoche dans Godzilla

 

A mi-chemin entre Prometheus (pour le côté mythologique) et Pacific Rim (pour le côté combat de kaijus), Godzilla ne brille pas par l'intelligence de son scénario. Pendant plus d'une heure, le film accumule les explications les plus fumeuses, révélant par exemple que, dans les années 50, une coalition internationale s'est formée dans le secret pour exterminer Godzilla. Les essais nucléaires dans le Pacifique? C'était Godzilla. Le tsunami en Thaïlande? Godzilla. Les séismes au Japon? Godzilla, encore. Sortant de son sommeil pour affronter des créatures très agressives (les mutos), le monstre apparaît pourtant comme un dinosaure fatigué, indifférent à l'humanité.

La partie la plus belle de Godzilla (la fin) marque l'avènement de cette créature impassible dans le chaos de San Francisco. Avant cela, le film a avancé de façon très laborieuse, en multipliant les scènes d'explication dans un Q.G éclairé de lumières bleues où des scientifiques s'agitent devant des écrans en se posant des questions cruciales ("Qu'est devenu le sous-marin qui a disparu dans le Pacifique Nord?"). Il est clair que Gareth Edwards n'a rien à faire de tout ce bavardage, comme il n'a rien à faire non plus de tout ce qui occupe l'humanité dans son film. Les coupures d'électricité provoquées par les mutos sont surtout des moyens d'intensifier le pouvoir d'apparition du monstre. Et si le lieutenant Brody (Aaron Taylor Johnson, héros supposé du film) paraît si fade, c'est parce qu'il ne sert quasiment à rien, le film a juste besoin de son regard. Brody regarde Godzilla accomplir ses combats titanesques avec le même émerveillement qu'un enfant devant E.T.

Dans Godzilla, les hommes ne sont là que pour regarder, si possible s'émerveiller. Ils sont dans l'arrière-plan de l'action, témoins d'un combat mythologique qu'ils voient, à l'image de Brody, par intermittence, entre deux nuages de poussière. Les plus beaux moments du film flottent dans cette demie-conscience brumeuse qui est celle de Brody, ils racontent un monde à la fois archaïque (Godzilla, conformément à sa légende, revient du temps des dinosaures) et post-humain (Godzilla est une force qui va, qui ne fait aucun cas des hommes). Le monde idéal de Godzilla est un monde dépourvu d'hommes: c'est un monde où le quartier chinois de San Francisco est réduit, par une étrange métonymie, à quelques lanternes qui tremblent dans la poussière, c'est un monde où les avions des hommes tombent au ralenti dans l'Océan comme des jouets de papier. A l'autre extrémité du film, Gareth Edwards raconte en une scène ce qui se joue encore entre les hommes: le professeur Brody (Bryan Cranston) voit mourir sa femme (Juliette Binoche) à travers la vitre d'une porte blindée. Pathos de la scène d'adieu, dont le film prend encore le temps d'enregistrer la trace et l'émotion: Juliette Binoche joue pour la dernière fois la mort des hommes. Adieu. Ensuite, le film ne voit plus que le monstre, il nous dit que le reste (et le reste, c'est la catastrophe) ne nous appartient plus.

Aucun pathos possible, dès lors, dans le finale de Godzilla : le monstre regagne son lit impassiblement, il va se coucher, il n'a été réveillé que pour remettre de l'ordre dans une chambre d'enfant remplie de jouets. Plan final magnifique - le monstre s'en va, il tourne le dos à une ville détruite - qui est digne de ce qu'on peut encore attendre d'un blockbuster: juste de la poussière et du silence. 

 

La Mort de Juliette Binoche dans Godzilla

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