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Journal d'un spectateur


Trop tard (Captain America, le Soldat de l'hiver d'Anthony et Joe Russo)

Publié par jsma sur 5 Avril 2014, 21:38pm

Catégories : #captain america, #blockbuster, #nostalgie

Trop tard (Captain America, le Soldat de l'hiver d'Anthony et Joe Russo)

Pourquoi Steve Rodgers (Captain) doit-il écouter Trouble Man de Marvin Gaye ? Pourquoi doit-il libérer des otages sur un paquebot perdu dans l’Océan Indien ? Pourquoi n’accorde-t-il aucune attention à la charmante Natasha Romanoff (Scarlett Johansson) ? Trouve-t-il qu’elle passe trop de temps à sauvegarder des disques durs ou à lire des clés USB ?

L’ineptie du deuxième volume de Captain America (« phase 2 », disent les fans) saute aux yeux à tout moment et pour la faire passer, les scénaristes (Markus et McFeely, qui ont déjà écrit le scénario du premier Captain, mais aussi ceux de Thor 2 et des Narnia) n’ont pas trouvé d’autre argument que celui de la conspiration, nous assénant dès que possible leurs sentences sur le caractère insaisissable du monde contemporain. Le procédé est tellement lourd, tellement grossier qu’on a le temps de prendre des notes : « Le XXIe siècle est un livre numérique » ; « Pour construire un monde meilleur, il faut se résoudre à détruire l’ancien ». Ces miettes de discours sont jetées sur la route du héros à l’attention des geeks qui seront ravis de trouver de quoi nourrir une pensée avant de publier leurs critiques sur allociné. Le procédé est devenu classique depuis les Batman de Nolan, le film de superhéros veut nier sa nature de produit industriel en affichant une « pensée » à coup de punchlines. Mais là où Nolan avait su trouver un équilibre entre la gravité et le spectacle (voir le finale sublime de The Dark Knight), les frères Russo donnent l’impression de mettre régulièrement des pièces dans la machine : s’ils se montrent parfois habiles dans le spectacle (la scène de poursuite entre Samuel L Jackson et la police de Washington est très réussie), ils se trouvent embarrassés dès qu’il s’agit de prêter une pensée à leur héros. Que le pauvre Captain se batte contre des héliporteurs ou des moulins à vents ne change pas grand-chose à sa tâche : on ne sait pas exactement pour quoi il se bat et lui non plus. Lorsqu’il retrouve son vieil amour Peggy Carter (la seule femme qu’il ait un jour embrassé, ce qui ne lui est pas arrivé depuis 1945), il avoue, désabusé : « J’ai toujours servi la Liberté, mais je ne suis pas sûr de savoir encore ce que c’est ».

Cette scène de retrouvailles avec Peggy, où vibre un peu la tonalité lyrique de Benjamin Button, est le seul moment où je me suis intéressé au film, croyant y déceler un sujet : la nostalgie de l’épopée américaine, l’inadaptation d’un héros venu trop tard dans un monde qui ne peut plus être sauvé. La séquence du musée, qui retrace la geste du héros dans des films d’archive en noir et blanc, va aussi dans ce sens. Mais ce ne sont que des moments anecdotiques : sur son lit de mort, Peggy a juste le temps de dire à Captain : «Tu as sauvé le monde, ce que nous en avons fait est épouvantable ». Et Captain de courir déjà, avec son bouclier, à la recherche des comploteurs et du Soldat de l’hiver.

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