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Journal d'un spectateur


Les aventures de Xavier à la campagne (Tom à la ferme de Xavier Dolan)

Publié par jsma sur 16 Avril 2014, 23:00pm

Catégories : #xavier dolan, #tom à la ferme, #nanar, #gay

Les aventures de Xavier à la campagne (Tom à la ferme de Xavier Dolan)

Comme l’indique son titre, Tom à la ferme est le film d’un auteur qui aspire à un certain dépaysement. Après avoir travesti Melvil Poupaud (dans Laurence anyways) et crucifié un jeune élève dans la cour de récréation d’un pensionnat à l’ancienne (dans le clip de College Boy), le jeune Xavier Dolan (Tom) veut aujourd’hui se mettre au vert. Mais il lui faut, pour cela, un argument : Tom est donc en deuil et il doit aller à la campagne pour retrouver la famille de son amant, mort dans un accident de voiture. « Quel accident ? A quelle heure ? », se demande la mère du défunt. On ne le saura jamais. Peu importe: Xavier Dolan ne va pas à la campagne pour pleurer mais pour draguer. L’objet de son désir est un agriculteur rude, parfois brutal, qui fera beaucoup souffrir le pauvre Tom : lunettes écrasées, poursuite dans les champs de maïs, crachats dans la bouche, tentatives de strangulation, c’est sur le mode de l’agressivité que se déroule ici le fil toujours tendu du désir refoulé. Avec beaucoup d’indulgence et d’aveuglement, la critique a pu voir dans cette tension quelque chose d’hitchockien. Avec un peu plus de lucidité et de bonne foi, on peut dire plus clairement que Tom à la ferme ressemble à un mauvais thriller gay.

La musique de Gabriel Yared est censée faire peser sur les personnages une sorte de menace, comme dans L'Inconnu du lac, où cela passait, plus subtilement, par les décors, par la lumière. En quoi consiste ici le décor de « la ferme »? Des granges et des étables, un peu de bétail, un champ de maïs : la ferme ressemble à un village Playmobil. Il est difficile de savoir exactement quelle est sa fonction dans le film. « C’est du vrai, dit Tom, c’est vrai, il y a des veaux qui naissent ». Et pour nous le prouver, Xavier Dolan filme ses mains pleines de sang, voilà pour le côté « vrai », rural. Mais il dit aussi à l’agriculteur désiré qu’il « pue l’étable ». L’odeur de la campagne fonctionne donc comme un excitant : là est le seul enjeu du détour par la campagne, que Xavier Dolan pourrait presque filmer comme un décor de porno si la musique de Gabriel Yared et les champs de maïs n'étaient là pour nous rappeler que Tom est un dans thriller.

Car le film se veut sombre, grave, tendu : en témoignent le prologue, où Tom écrit une lettre au défunt, et tous les plans où l’on voit Tom pleurer, craquer, avant de faire sa valise. Toujours surjoués, à la limite du grotesque, ces moments participent d’un narcissisme doloriste qui tient en une ritournelle (« Tu fais tourner de ton nom tous les moulins de mon cœur » en québécois). Le vide laissé par la mort n’est donné que pour être comblé par le désir du corps d'un autre (l'agriculteur). Et lorsque ce désir devient destructeur - sans doute la seule hypothèse vraiment intéressante du film: celle d'une destruction du personnage par son propre fantasme - un personnage féminin, Sara, arrive pour condamner définitivement les amours imaginaires de Tom. Exclu de la voiture dans laquelle le couple se forme (l’agriculteur n'étant pas insensible aux charmes de Sara), Tom souffre alors d’insomnie, il se lève en pleine nuit pour nettoyer le frigo de la maison et faire les étables. Son désir pour l’agriculteur l’a transformé à la fois en femme au foyer et en garçon de ferme. Se crée à cet instant une vague zone d’indécision, que le film n’a pas le temps d’occuper puisque Tom décide de mettre un terme à son séjour en gîte rural.

Tom à la ferme finit donc comme la fable du Pot au lait: l’esprit de Tom a battu la campagne avant d’abandonner les veaux, les vaches et l’agriculteur. Il est difficile de ne pas lui donner raison: Tom rêvait de sexe à la campagne et il n'a trouvé sur sa route que des gens rudes, grossiers, indésirables, des bouseux, en somme. La morale du film, Tom la connaissait dès le début, lorsqu’il conduisait sa voiture en arrivant à la ferme, elle tenait juste en ces mots : « Fuck you, les bouseux. »

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