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Journal d'un spectateur


Can you hear me Major Tom? (La Vie rêvée de Walter Mitty de Ben Stiller)

Publié par jsma sur 22 Janvier 2014, 15:27pm

Catégories : #ben stiller, #paulo coelho

Can you hear me Major Tom? (La Vie rêvée de Walter Mitty de Ben Stiller)

Je me suis endormi devant La Vie rêvée de Walter Mitty: mes yeux se sont fermés au moment où Ben Stiller (Walter), après une longue traversée de l'Himalaya, rencontre Sean Penn, qui joue le rôle d'une sorte d'anachorète. Avant cette ascension vers les sommets (l'endroit où se trouve le Sage, le Chaman), le film suivait déjà depuis un certain temps une mauvaise pente, comme si la réalisation effective de la "vie rêvée" de Walter - ce besoin éprouvé un jour par le personnage d'écouter ses envies profondes et de partir à l'aventure all around the world - faisait basculait le film vers le pire: une rêverie écolo au bord des fjords islandais, puis, une rencontre avec un chaman (Sean Penn) sorti d'un roman de Paulo Coelho. La Vie rêvée de Walter Mitty, c'est donc la rencontre de Ben Stiller et de L'Alchimiste.

Mais que voit-on avant l'Himalaya et son chaman? On voit d'abord un film en morceaux, une mosaïque faite de petits sketchs que Stiller aurait pu jouer, il y a longtemps déjà, dans le Ben Stiller's show. Mais c'est le show d'un acteur fatigué, c'est une tournée d'adieu dans laquelle rien n'est vraiment drôle, un best of venu trop tard et joué pour rien. Avant de sombrer devant le film, j'ai vu Stiller parodier des scènes de Spiderman (version Sam Raimi), je l'ai vu cogner violemment son boss dans un ascenseur (mais ce n'est évidemment que son imagination qui travaille), je l'ai vu courir après le temps comme dans Benjamin Button. J'ai pourtant l'impression, au regard de ce qui suit, que c'est dans cette partie du film, très inégale, que Stiller a fait, peut-être, le film qu'il avait envie de faire. Walter, c'est moi, semble-t-il nous dire.

Affublé de surnoms débiles ("cakeman" et surtout "Major Tom"), traité par tout le monde comme un attardé, Walter est amoureux d'une de ses collègues (Kristen Wiig) et se cherche un but dans la vie. Walter est donc une synthèse de tous les personnages incarnés par Stiller, c'est le côté best of du film: on pourra y retrouver par instants l'amoureux transi et maladroit de Mary à tout prix, l'homme qui n'arrive plus à avancer dans sa propre vie (Greenberg), le gardien d'un sanctuaire qui s'anime sous nos yeux, comme dans Une Nuit au musée (voir la séquence où il sort d'une couverture du magazine Life). Tous ces échos à d'autres rôles auraient pu rendre le film sympathique s'il s'était autorisé à regarder le passé comme Chad Tenenbaum regarde la maison de son enfance (1). Là aurait pu résider un sujet passionnant: La vie rêvée de Walter Mitty aurait ranconté la rêverie de l'acteur Stiller sur ses propres rôles et sur son passé de showman, le film n'aurait pas tendu vers un but existentiel ou une "légende personnelle" (pour reprendre la terminologie de Paulo Coelho), il aurait dressé, sous une forme comique, un bilan au terme duquel Walter aurait pu dire, comme le mondain dans La Grande Bellezza: "J'ai cherché la grande beauté et je ne l'ai pas trouvée." Voilà de quel film j'ai rêvé lorsque je me suis endormi devant l'Himalaya.

Mais qu'ai-je vu avant de fermer les yeux? Un film détestable, malgré son apparence sympathique, presque aussi détestable que les films de Michel Gondry. Détestable en raison de sa fausse naïveté. Le rêve, semble vouloir dire Stiller - reprenant ici le message de Prince of Texas - est l'apanage des imbéciles, des attardés, des gogols. Mais de quels rêves parle-t-on exactement? Est-ce que tout le monde a envie de se ressourcer en Islande, en faisant du skate au bord des fjords? Est-ce que tout le monde a besoin de faire l'ascension de l'Himalaya pour trouver LA réponse? Il semblerait que Stiller, acteur très bon chez Wes Anderson, n'ait rien compris à l'univers subtil de l'auteur du Darjeeling: ce qui était beau dans ce film, c'était justement qu'il n'y avait aucun message à trouver: au terme du voyage en Inde, Angelica Huston (la mère) n'avait rien à dire à ses fils, qui remontaient dans leur train, bredouilles. Le voyage avait pourtant révélé aux personnages leur propre étrangeté, c'est ce qu'expliquait Miguel Gomes dans un numéro assez ancien des Cahiers (janvier 2010): "Quand les trois frères éjectés du train (...) courent derrière en lui jetant des pierres, en une espèce d'intifada tiers mondiste improvisée, l'affaire demeure d'une évidence absolue: les Indiens, c'est eux. Il y a une distance, dès le début, entre la bonne image que chaque personnage aurait de soi et sa conduite actuelle. Cette distance crée le drame pour chacun d'eux et par extension, pour chaque film."

Esprit plus simple, Walter Mitty ne connaîtra jamais le drame qui consiste à se sentir étranger à son image, c'était surtout celui des Tenenbaum. Dans ce film devenu presque classique aujourd'hui, Margot Tenenbaum (Gwyneth Paltrow) ne pouvait plus sortir de sa chambre d'enfant, où elle passait son temps à écouter des disques. Esprit plus simple, Walter vit les chansons au lieu de les ressentir: quand David Bowie dit, dans Space Oddity, "This is ground control to Major Tom", Walter saute aussitôt dans un hélicoptère et part à l'aventure. La chanson n'est pas un refuge, elle trace un chemin. Pourquoi pas, si celui-ci n'était ensuite si balisé, si écrit?

Très loin de la grande évasion promise par son titre (un titre finalement un peu douteux, qui évoque les "fabuleuses" histoires de Jean-Pierre Jeunet), La Vie rêvée de Walter Mitty est film dont je suis sorti désolé. J'ai tellement aimé Ben Stiller par le passé que j'aurais voulu qu'il entende ce que lui dit Kristen Wiig à propos de Space Oddity: "This song is about courage and going to unknown". Du courage, de l'inconnu, Walter, c'est tout ce qui manque à ta vie.

(1) The Royal Tenenbaums (La Famille Tenenbaum) de Wes Anderson (2001)

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Emeline 30/04/2014 01:46

Je ne suis pas du tout d'accord avec toi. Tu cherches trop loin et c'est en annalisant de cette façon que tu perd tout le charme du film.
Ce que je lis est écris par quelqu'un d'aigri et qui a perdu toute capacité innocence et d'émerveillement.
Ce film est tout simplement une ode a l'optimisme, a l'espoir et a la vie.

Buzz 20/07/2015 13:26

Vous êtes complètement passé à côté de ce film.
Enfin un film créatif, poétique, avec de belles images. Sans parler du graphisme.
Revoyez le sans dormir.

Joan 12/05/2014 13:27

complètement d'accord avec Emeline, vous ne l'avez peut être pas pris pour ce qu'il est, dommage.

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