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Journal d'un spectateur


Game over (Hunger games, l'embrasement de Francis Lawrence)

Publié par jsma sur 25 Décembre 2013, 18:02pm

Catégories : #francis lawrence, #nanar

Game over (Hunger games, l'embrasement de Francis Lawrence)

En attendant Le Loup de Wall Street, j'ai revu hier Hunger games, l'embrasement: je ne l'ai pas revu par plaisir mais par acquit de conscience, parce que je m'étais endormi trop vite la première fois, avant même que les jeux ne commencent. La journée du 24 décembre était idéale pour se replonger dans la jungle humide où Jennifer Lawrence tire à l'arc sur des singes, des oiseaux et des hommes.

Parfois, la deuxième fois, la déception est encore plus grande: c'est ce qui s'est produit avec Hunger games. La première fois, le film m'avait paru assez laid, je m'étais demandé surtout pourquoi les paupières de Lenny Kravitz (qui incarne une sorte de styliste du futur, chargé d'habiller le couple formé par Jennifer Lawrence et Josh Hutcherson) étaient maquillées si outrageusement. La deuxième fois, tout le film m'est apparu à l'image de ces paupières bleutées, légèrement pailletées : comme un objet en toc, dont l'esthétique m'a rappelé celle de vieux nanars S.F, notamment Flash Gordon de Mike Hodges (1980). Cette laideur visuelle devient de plus en plus habituelle dans les productions mainstream: c'est triste à dire, mais les costumes portés par les acteurs d'Hunger games (je ne parle pas seulement des combinaisons noires des participants aux jeux, mais bien de tous les costumes) sont tout aussi immondes que ceux d'After Earth de Shyamalan ou de Man of Steel de Zack Snyder, comme si tout le monde s'habillait aujourd'hui dans la même friperie gérée par les costumiers des premiers Star Wars.

Il en va des costumes comme du discours, vieux discours sur le désir de violence qui est au coeur du spectacle: on le trouve déjà dans Le Prix du danger, un nanar d'Yves Boisset (1983). Ce discours se trouve ici greffé sur un schéma de lutte des classes: chaque couple de joueur représente un district (il y en a douze au total) placé sous le contrôle du Capitole (le Capital?), immense organisation dirigée par Snow (Donald Sutherland), qui veille au bon déroulement des jeux. Alors que des poches de rébellion prennent forme dans certains districts (un vieil homme révolté est abattu lors de la tournée promotionnelle des vainqueurs des derniers jeux), Snow demande à Katniss et Peeta, les vainqueurs en tournée, de faire croire au parfait amour, il veut scénariser leur vie comme dans The Truman show.

Réalisé il y a quinze ans, The Truman show est l'une des références de Hunger games, mais c'était il y a quinze ans, au début de la télé-réalité. C'est en ce sens que la satire de Weir avait pu faire mouche à l'époque, mais au-delà de sa visée satirique, qu'en reste-t-il aujourd'hui? Pourquoi reproduire son discours aujourd'hui, quand les candidats de certains jeux se suicident ou meurent sur les tournages? Faut-il nous expliquer, pendant quatre-vingt dix minutes, en quoi consiste le "système" qui encadre et justifie ces jeux, comme si nous le connaissions pas? Car nous sommes évidemment du côté de Snow, ce que nous voulons voir dans Hunger games, ce sont des combats d'arène. Francis Lawrence semble s'en souvenir lorsqu'il nous montre les candidats du jeu défilant dans une arène géante qui rappelle vaguement celle de Ben-Hur. Le film a déjà commencé depuis environ quatre-vingt dix minutes, on se dit que le spectacle va enfin avoir lieu.

Ce spectacle est pourtant très décevant, il se limite à la dernière demie-heure du film, qui ressemble à une version hard de Koh-Lanta : les joueurs sont agressés par un brouillard toxique, par une tribu de singes fous, par une nuée de geais moqueurs et par d'autres joueurs. Les épreuves se succèdent à un rythme aussi frénétique que les flèches décochées par Jennifer Lawrence: celles-ci se plantent sur toutes sortes de cibles, avant de faire exploser la grande cloche qui recouvre le terrain de jeu. L'héroïne perd alors connaissance. Lorsqu'elle se réveille, on lui dit, très sérieusement, qu'il n'y a plus de District 12. Ce district, nous a-t-on expliqué précédemment, est celui où se trouve sa famille. Voilà comment se termine la deuxième édition de Hunger games: comme une version tragique d'Intervilles, au terme de laquelle une candidate épuisée apprendrait que la ville pour laquelle elle s'est battue a été rayée de la carte. Le film s'arrête là où commencera sans doute l'épisode 3 des jeux. Mais qui a envie de remettre des sous dans la machine?

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