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Journal d'un spectateur


Automne-hiver (Haewon et les hommes de Hong Sang-soo)

Publié par jsma sur 20 Octobre 2013, 07:14am

Catégories : #hong sang-soo, #dépression, #différentes saisons

Automne-hiver (Haewon et les hommes de Hong Sang-soo)

"Where is West Village?": Haewon et les hommes commence bien, Jane Birkin perdue dans une rue de Séoul, demande son chemin, en anglais, à une jeune fille. La scène dure un peu parce que la jeune fille, Haewon, reconnaît assez vite Jane B. et lui demande un autographe. Haewon aime surtout la fille de Jane B.: Charlotte est une actrice géniale, dit-elle. Oui, lui répond Jane B., je sais que Charlotte est géniale. Elle embrasse ensuite Haewon en lui disant qu'elle aussi est très belle, qu'elle ressemble même un peu à Charlotte. Ravie, Haewon lui sourit, l'embrasse et les deux femmes se quittent.

Sur la base de cette rencontre improbable, Haewon et les hommes aurait pu ressembler à une féerie, une sorte de Midnight in Paris transplanté à Séoul, en plein hiver. J'ai rêvé d'un tel film pendant quelques minutes. Mais Haewon ne rencontre pas de deuxième fée sur son chemin, elle marche dans une ville-fantôme, dont Hong Sang-soo fixe les teintes grises: c'est un conte d'hiver sans miracle. Il y a bien dans le film un cinéaste-magicien qui bricole un tour pour Haewon (il lui fait croire qu'elle peut appeler un taxi par la seule force de son esprit), il y a bien des songes (on voit Haewon s'endormir dans une bibliothèque), mais la magie est absente du film, les rêves d'Haewon ne prennent jamais forme, à l'image de tous les personnages, qui s'inscrivent dans le film en pointillés: la mère, l'amoureux qui pleure en écoutant Beethoven, le cinéaste-magicien qui discute au téléphone avec Scorcese, tous sont évanescents.

On peut voir dans cette évanescence une des qualités d'Haewon et les hommes, ce qui le rapprocherait peut-être de la poésie contemporaine: il essaie de saisir ce qui échappe, voire ce qui n'a peut-être jamais existé. Tout ce qu'il raconte - bien peu de choses en fait - est à l'image de la première scène de rencontre, mais la grande promesse du début ("Vous êtes belle, vous ressemblez à une actrice") débouche sur un film très amer où la vie (rêvée?) d'Haewon s'effiloche dans une suite d'historiettes qu'elle ne se donne même pas la peine de faire exister: elle aperçoit un garçon que sa mère trouve "joli", mais le laisse en plan, elle embrasse un autre garçon, puis le quitte. Tout est possible mais rien n'a lieu, rien n'a le temps de s'inscrire dans une durée: la durée (le plan-séquence) est retenue pour saisir un baiser, sur fond de Septième Symphonie de Beethoven, mais le baiser reste sans conséquence. Les relations d'Haewon avec les hommes (puisque c'est de cela qu'il s'agit, selon le titre français) ne sont que velléités: il n'y pas d'histoire d'amour. D'où l'impression d'un film à la fois très calme (parce que rien n'arrive) et très froid (à cause des teintes hivernales): un film dont l'effet pourrait être comparé à une sensation d'engourdissement, assez proche en cela de Blue Jasmine (sans Xanax).

Après environ soixante-dix minutes, j'ai quitté la salle parce que je ne supportais plus ce calme et ce froid. Plaisir de retrouver, en sortant, la douceur de l'automne, comme si j'avais été enfermé pendant une heure dans une chambre froide. Plaisir de m'extraire de cette sensation d'engourdissement, comme si l'hiver était entré dans la salle. Le fait que le film ait produit cette sensation sur moi ne le rend pas sans intérêt, mais je ne l'aime pas pour autant. Peut-être faisait-il tout simplement trop beau ce samedi 19 octobre 2013. L'air était remarquablement doux, l'automne dehors, était splendide, bien plus beau que l'hiver d'Haewon, jeune fille bien trop triste au teint bien trop pâle.

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g 26/12/2013 13:41

Je pense que, tout simplement, vous n'avez rien compris au film. Il vous faut avoir mille fois plus de subtilité pour le comprendre d'ailleurs, hélas.

jsma 30/12/2013 17:10

Cher (chère) G: dans ce texte assez court, j'ai essayé de dire le profond désintérêt que m'a inspiré le film et pourquoi j'ai pensé, à un moment donné, que j'avais mieux à faire que de rester dans la salle. Jane B revient-elle à la fin pour enchanter le quotidien gris d'Haewon? Peut-être, je n'ai pas tout vu. Mais puisque vous avez visiblement beaucoup aimé le film, dites-moi ce que vous avez vu.

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